Wandy Arhol

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« Pur produit des années soixante, l’idole est une créature des médias de masse. À l’instar d’une Marilyn indéfiniment sérigraphie par Warhol, la reproductibilité du visage de l’idole participe à sa nature industrielle. Un mythe transformé en objet de grande consommation. Le cinéma proposait des héroïnes uniques, des étoiles intouchables et inaltérables. Machine à audience, la télévision fabrique des vedettes pour tous, ou les idoles d’un jour ou d’une saison sont les peoples domestiques du tout à l’image. Les idoles sont des filles et des garçons faciles, proches, des Dieux à porté de main. Cette proximité trouve son avènement dans le vedettariat comme plan de carrière idéal. Finies les vocations d’infirmières, d’avocats, de pompier, aujourd’hui dans la vie on veut faire people. On veut poser, jacasser, chanter… pourquoi pas ? Mais surtout s’exposer au regard de la foule avec pas moins de dix mille dollars de haute couture sur les fesses, des bijoux empreintés, les chaires gonflées par des injections de bottox, montant les escaliers d’une quelconque cérémonie, devant les photographes et les badauds, partagé entre fascination muette et hystérie d’applaudissement.
Toujours plus nombreux sont ceux qui croient en un Dieu qu’ils appellent « Célébrité », capable de changer l’eau en champagne, de marcher sur les piscines et de multiplier les millions de dollars.

Le projet de Pascale Guinet parle de cela, de ce phénoménal phénomène de notoriété. Non pas du côté des fans, mais plutôt de celui des idoles, comme le très efficace système du showbiz sait en fabriquer. La sienne est belle, rebelle, un papillon fragile pris dans les reflets d’une gloire aveuglante ou elle se brûlera les ailes.

Une version trash de Cendrillon à l’image d’un Kurt Cobain, qui n’était qu’un individus parmi tant d’autres, absorbé par sa propre personne, persuadé que la célébrité rende comme par magie tout plus facile et qui au bout du compte rendait les choses encore plus insupportables. Son étoile filante s’appelle Wandy Arhol et est Rock star évidemment. Elle laissera derrière elle un album de reprises et des vidéoclips, mais surtout des plateaux télé, conférences de presse, mariage de pacotille, faux scandales, rumeurs, chambre dévastée, orgie… Tout ce que l’on peut appeler Sex, drugs & rock’n roll.
En saisissant au vol un instant dans le tourbillon la vie de Wandy Arhol, l’artiste pointe l’abîme qui sépare les idoles de la fascination qu’elles engendrent. Ce projet met à nu tous les ingrédients du succès dans un joyeux jeu de massacre orchestré par un monde ou strass et paillettes sont devenues un fond de commerce. Ça brille, ça miroite, ça clinque, ça illumine. Plus ça brille de milles feux, plus on y voit…que du feux ! »

John Navarro